Ci-dessous je présente la vision affabulatrice que…
Ci-dessous je présente la vision affabulatrice que j’avais sur ma résidence il y a quelques mois. À présent, la vie a changé, mon rythme (je suis à nouveau étudiant) étant différent.
“Jamais vie ne fut pareil.
Arrivé un beau jour de mai dans la contrée de Nice, sans longue peine décidai-je que les alentours pittoresques de Sophia Antipolis seraient, pour une période indéterminée, les lieux de tumulte et de repos dont je puiserais mes forces, où j’épuiserais mon corps.
En recherche d’un cagibi ou d’une petite chambre, je m’aperçus que cela était parfois un ennui même pour les personnes respectables et quasiment aisées comme moi. Car à toutes ces qualités énoncées, pour bien atteindre ses buts, c’était souvent qu’il en fallût ajouter une autre : la ruse. Mais comment fus-je forcé à m’en servir dès mon arrivée?
Aussi équilibré qu’affamé d’aventure, je ne désirais pas la compagnie des sages plus que celle des jeunes de mon âge. Or Sophia était un endroit inhabituel, où la science détenait plus de poids qu’ailleurs et les savants étaient beaucoup plus nombreux que les gens communs. Pour comprendre cela, il faudrait remonter aux origines mêmes de cette cité unique : quelques décénies auparavant, un Gênois nommé Colombe eut découvert, en traversant le Grand Océan, de nouvelles terres dont la richesse outraient l’imaginable. Mais je risque de m’éloigner autant de mon histoire!… Je vais donc essayer d’abréger cette incursion temporelle : la prospère cité de Gêne, pour laquelle la Méditéranée continuait d’être plus intéressante que des territoires situés au bout du monde, ne sut profiter de la formidable découverte ; cependant, une des colonies gênoises saisit les enjeux commerciaux qui accompagnaient les mâts des navires espagnols conduits par un certain Gênois. Les nouvelles aliances de cette cité rebelle, dénommée Nice, annoncèrent un essor économique qui perdurerait… et qui put rapidement assurer l’épanoissement des arts et des sciences. Et lorsque les commerçants niçois ne cessèrent plus de mécéner des artistes, l’administration de la cette fleurissante Nice considéra que fut venu le moment de fonder une académie de sciences. Il s’ensuivit l’aménagement, sur les collines boisées de Valbonne, de Sophia Antipolis - la cité de la sagesse.
Pour difficile qu’il fût de recevoir l’abri d’une estimable maison, il n’était pas sensé d’abandonner mon esprit vif et enamouré des aspects les plus concrets de la vie à la conduite qu’imposait l’hébergement dans les couvents de Valbonne. Car être logé chez les moines était le choix le plus fréquent des étudiants de Sophia. L’autre possibilité, convoitée par tous, mais dont si peu en jouissaient, était l’Hôtel des Jeunes, aussi connu sous les initiales FJT, selon le nom de la place qu’il flanquait : Forum Juventutis Transitanti. Les personnes qui avaient le privilège de pouvoir y habiter étaient non seulement de bonne famille, mais aussi chaleureusement récommandées d’honorables hommes de science protégés de diverses cours princières du monde. J’appris alors que mes futurs camarades eussent pu être Sonia di Burgundia (ou de Bourgogne), Blaise de Peste, Julia la Kiévite, Hanffdrik von Bremen, Jessica of Edinbourgh… J’allais bien devenir leur compagnon pourvu que je convainquisse sur mon illustre identité et mon incommensurable potentiel. Or le premier à convaincre c’était moi même : venu d’un piètre faubourg de Paris, j’étais déscendu dans le Midi, près des portes de Gênes, pour vouer ma jeunesse à la science ; si quelques siècles aupavant cela n’eût pas été envisageable, vu que Sorbonne était encore le centre mondial de la philosophie naturelle, à présent c’était au moins dépourvu de crédibilité : les scientifiques parisiens étaient, pour raisons politiques, surpayés et puis engrenés dans la machine de guère d’un roi qui rêvait d’une France unifiée et centralisée, comme elle le fut sous Charlemagne. Dire que je venais d’abandonner un des puissants établissements parisiens aurait été perçu comme illogique et donc faux. Par contre, avouer que je n’eus point connu le monde scientifique du Quartier Latin eût été même pire. Aussi n’avais-je pas moult choix… surtout en reconnaissant mes origines parisiennes. Il fallait donc que je cachasse, des oreilles des autres ainsi que de mes pensées à moi, tout ce passé néfaste et que je m’en inventasse un autre. Oui, j’avais finalement l’occasion de renaître, je détenais le droit de tout choisir : les géniteurs et leur nom d’ancienne descendance, la ville dont les habitants leur étaient tellement dévoués, les têtes illuminées qui m’introduirent dans le monde de l’art, de la philosophie et des sciences. Je choisis d’être né à Rome, dans une famille proche au pape Calixtus X ; après une éducation exquise dans la vielle Urbe, je fis mes études dans l’université de Bologna. Dès lors j’osai me présenter à FJT avec une élogieuse lettre de Francesco l’Umbriano, beau-frère de Cossimo de’ Medici, lettre écrite dans le latin le plus pur que j’eusse été capable de produire sur un papyrus. Car j’omis de mentionner que mon père, un noble de condition moyenne de Palaiseau-Lozère, m’eut payé des cours des langues de l’antiquité.
…
Ma chambre n’était ni grande, ni petite. La vue qui m’enchantait chaque matin était celle d’une place romaine, une fontaine artésienne au milieu. FJT - forum juventutis transitanti. Toutefois, il arrivait souvent que les passants que j’apercevais à travers mon volet fussent vêtus en toges noires et qu’ils tinssent sous bras des livres. Il est aussi vrai qu’ils se délectaient à parler arabe, le matin et le soir. Les linguistes essayaient même des langues africaines, jamais ouïes sur les côtes nordiques de la Méditéranée. Par contre, nombre d’entre eux préféraient causer sur les technologies qu’ils offriraient à la cité de Nice ou parlementer sur les sujets de recherche fondamentale que l’on devait entamer dans quelques années.”





