NON

On n’échappe pas à ce dont on a peur. Autrement dit, la peur est souvent basée sur des arguments et l’intuition qui l’accompagne se traduit en réalité. Voilà le proverbe roumain qui me vient maintenant à l’esprit.

Aujourd’hui, la France a voté non à l’Europe. C’est l’expression claire d’une crise que ce peuple vit depuis une bonne période de temps. Le conservatorisme que j’eus senti dès mon arrivée en France, le gauchisme des Français, leur anachronisme ressurgirent. Jusqu’au point de refuser la réalité mondiale présente. En effet, non seulement on ne comprend plus quelles pourraient être les prémisses du progrès économique et social français, mais on veut arrêter tous les trains en marche et éventuellement se jeter dans une digne autarcie.

C’est l’heure où je me demande si la décision de venir en France, que je pris il y a 4 ans, aurait été la même dans des conditions similaires à celles d’aujourd’hui. Eusse-je postulé pour Polytechnique si la France eût-elle voté à l’époque contre une constitution européenne? Je sais que non.

Mais je ne désespère pas. Heuresement, les opportunités actuelles sont immenses. Ce matin j’eus un entretien téléphonique pour un poste dans avec un nouvelle entreprise de Silicon Valley. Je ferai mes bagages sous peu.

Sic transit… quo vadit?

Il y a quelques jours, une vague de bonnes nouvelles déferlait la Roumanie. Cristi Puiu remportait à Cannes un beau prix pour Moartea domnului Lăzărescu ; les otages roumains d’Irak étaient libérés ; la Roumanie arrivait en troisième position dans le classement du concours Eurovision. Que du bonheur!

(Les informations étaient parfois plus complètes, mais il fallait pourtant faire l’effort de lire au delà du cadre de l’article. Par exemple, juste après la libération des otages, furent arrêtés en Irak les membres d’une cellule terroriste ; ces braves gens avaient par devers eux 6 millions d’euros. L’avez-vous donc compris? En effet, ce doit être le prix des ex-otages.)

Pourquoi alors cette avalanche de faits positifs? Peut-être n’est-ce qu’une concentration de bien avant ce qui nous attend : dimanche c’est le référendum en France… et le résultat sera vraisemblablement NON. L’Europe arrête ses trains et essaiera de se replier. (Alors quid de la Roumanie?) Pourvu que cela ne lui soit pas fatal!

Mauvaise journée

Je suis allé ce matin à la préfecture, pour récupérer, après des mois d’attente, mon titre de séjour. Environ 30 km de chez moi jusqu’à Nice-St.Augustin, que j’ai faits en voiture et train. J’ai également dû marcher sur la dernière partie du trajet.

À la préfecture, je retrouve Mme R***, qui se souvient de mon cas. Mais elle m’annonce que, pour cause de panne informatique, elle ne pouvait rien pour moi !!!

Affligé, je retourne à la gare de St.Augustin. Là, je dois attendre 50 minutes, faute de train immédiat. Mais à 12h04, aucun train. Un retard est affiché. 15 minutes, puis 20, puis… bref, le train entra en gare 40 minutes de retard. (Cependant, j’ai vu dans la gare un belle fille… Je l’ai poursuivie dans le wagon où elle est montée.) Aussi ai-je raté deux bus succéssifs d’Antibes à Sophia. Le prochain bus, de 13h50, est trop tard pour ne pas rater aussi mon RDV d’Eurécom! Il a fallu que j’appelle Farukh pour me rechercher à Antibes…

Et ce n’est que la moitié de la journée! Je sais que ça continuera : je constate déjà que je n’ai plus de portable - il m’est tombé dans la voiture…

Fin de semaine dans le Petit Paris

Oui, je rentre pour quelques jours, début juin. Je viens d’acheter mon billet Nice-Bucarest. C’est la première fois que mon séjour là-bas soit si court. Et si dense. Parce qu’on va y faire la fête. Des noces roumaines :-)

D’autres bonnes nouvelles : après des mois (7) de luttes, je réussis à obtenir mon titre de séjour. Il a fallu que mon ancienne école intervînt, autrement cette préfecture paresseuse des Alpes-Maritimes m’aurait laissé attendre bel et bien. À vrai dire, ici les étrangers ne représentent point une priorité. On est dans un des bastions du Front National, ce dont l’administration ne peut se défausser :-p

Finkielkraut et la Nation

Mon ancien professeur Alain Finkielkraut pérorait hier soir sur France3 du rôle de la nation, qui devrait prévaloir sur la société. Ce dans le cadre d’une emission axée sur le racisme. Je ne puis ne pas regimber à ses idées manquant de modernité. Comme c’est grottesque qu’aujourd’hui en France il existe des discours de ségrégation, qui considèrent deux types de citoyens : Français de souche et les autres, donc nation et société! La notion de nation appartient au début du siècle dernier et fut encourronnée après la Première Guerre Mondiale ; c’est bien après le Congrès de Paris qu’apparurent les Etats-nations de ce continent. À présent, par contre, la nation repasse graduellement en abstrait. La société devient beaucoup plus concrète que la nation, au profit de toutes les parties. Pourtant la France, qui sut toujours se renforcer de l’élan créateur des immigrants qu’elle comprenait recevoir constamment, est de plus en plus réticente. Alain Finkielkraut l’est aussi ; et lui aussi il resta dans le XXème siècle . Parce que parler de la bonté de la République qui se heurte de ceux qui “n’aiment pas la France” est une preuve non seulement de peur, mais également de manque de vision.

Pourquoi la France insiste-t-elle à se honnir à un tel point? Revenant à mon existence quotidienne, je ne peux que confirmer la peur générale qui domine cette société. Ou nation ;-) ? Bien que presque absente dans les lois, la discrimination est un fait, elle est enracinée dans les comportements des Français. Voulez-vous des exemples? Je vous en offre : mon voisin pakistanais, stagiaire dans un institut de recherche informatique, ne bénéficie ni de rémunération, ni de badge d’entrée dans le bâtiment de son institut. Lorsqu’un collègue blanc veut se rendre au travail les samedis, il n’y a aucun obstacle ; en revanche, pour mon voisin c’est impossible. Les relations sociales sont un autre champ des craintes raciales : je connaissais une personne légèrement basanée qui réussissait à s’intégrer dans les groupes des Français beaucoup plus facilement que d’autres étrangers ; pour cause d’impossibilité de nouer quelque relation sentimentale, il quitta la France il y a trois mois, au moment même où l’on lui offrit un poste de doctorant.

Conscients de la situation présente ne semblent que ces Français qui n’aiment pas la France (qui n’ont pas de nom français ). Tariq Ramadan, Calixthe Beyala surent parler de cette peur et de ses reflets racistes. De cette vieille nation qui tarde à devenir une nouvelle société.

Certainement peut-être

Elle s’appelait Joëlle ; lui se faisait appeler Michel. Elle travaillait pour une publication de design. Lui, il travaillait dans l’atelier d’un menuisier portugais.

Michel aimait beaucoup Joëlle. Joëlle ne connaissait pas Michel. De fait, ils se croisèrent quelques fois dans les couloirs de Yacht Design SARL, une boîte de taille moyenne non loin du port. Bien que Joëlle ne connût pas Michel, ils collaborèrent deux fois - Joëlle dut lui envoyer une ébauche concernant la réstauration d’un espar serni de motifs géométriques, tandis que Michel lui répliqua avec quelques notes techniques concernant la stabilité de cet espar, notes bien appréciées par Joëlle. Donc deux courriels, pas plus.

Michel avait fait des études d’architecture. Mais que pouvait-il en faire à l’époque? Il dut partir avant de les finir. Ses parents regrettèrent son choix ultime, mais ne pouvaient guère l’empêcher. A vrai dire, ce n’était plus comme jadis, quand un diplôme universitaire offrait un statut et une vie paisible. Et pour s’en sortir, il fallait finalement partir.
__
- Désolée, mais je n’ai pas pu venir. D’ailleurs je t’avais averti. Une bonne amie que je n’ai pas vue depuis deux ans m’a rendu visite. Désolée.
- Ça fait rien, il y aura d’autres occasions.
- Certainement.

Il se séparèrent. “Certainement” retentissait dans la tête de Michel. Il connaissait très bien la valeur de ce mot. Ce n’était ni la première, ni la deuxième, ni la cinquième fois. Cela voulait tout simplement dire “je n’en serais pas si sûre ; il vaut mieux que tu n’essaies plus”.
______
Elle s’appelait Elodie. Lui - toujours Michel. Elle était institutrice dans une école de banlieue. Lui - nous savons déjà de quoi il vivait. Michel et Elodie se rencontrèrent par l’intermédiaire d’un ami commun, Jean-Baptiste, qui organisa une boom un samedi soir. Elodie l’avait remarqué en première : “Qui est-ce? pas mal, ce gosse!” “C’est JB qui sait, demande-le-lui”.
__
- Tiens, je ne savais pas que tu étais roumain! Je croyais que tu étais suisse.
- Je pensais que JB avait dû le mentionner.
- Non. Tu peux me passer le vin, stp?

- Merci pour cette soirée. Elle a été très bien.
- Quand est-ce qu’on se revoit? Tu es sûre de devoir aller en excursion avec les enfants?… Alors, Elodie, le vendredi prochain?
- A présent, je n’en sais rien. Peut-être, sauf si mon cours de danse risque d’être décalé. Je t’appellerai.

“Peut-être… je t’appelle”… En traduction, c’était “laisse tomber”.
______
Elle s’appelait Lydie, lui Michel. Elle était secrétaire, lui - roumain. Je crois que c’est très dur de vivre là-bas… Cette semaine ce sera pas possible. On verra après. Parfait alors. Bonne nuit, Lydie. Elle s’appelait Anne, lui Michel. De toute façon, j’ai ton numéro. Très bien, Anne. Bonne soirée! Elle s’appelait Françoise, lui Michel. Ça marche, Françoise. Au revoir, Aline! Ciao, Délia. Bien sûr, on se croisera chez JB. A plus, Nathalie!
______
Il s’appelait Mihaï. Et lui, il s’appelait Pedro.
- Tu es sûr de ton choix, Michel? Je regrette vraiment que tu pars.
- Moi par contre j’ai peu de choses à regretter.
- Je t’offre une augmentation de salaire, Mi…haï.
- Ce n’est pas ça qui m’attire maintenant.
- Et tu pourras prendre Jessica2 quand tu voudras.
- Jessica? “Peut-être” ;-) … Non, je ne peux plus rester.

Pâques orthodoxes

Aujourd’hui fut le premier jour de Pâques et le premier des 40 jours où le salut roumain est substitué par Christ est ressuscité! Je voulus cette année participer à la messe, non que je sois un vrai dévot - le sentiment religieux me manque, mais… Ce qui déclencha ce désir accru remonte à mon dernier voyage à Carrare, d’il y a un an, lors duquel j’eus l’occasion d’être au milieu de quelques jeunes catholiques, assistant au service pasqual. La frugalité de celui-ci me rendit conscient de la richesse dont une messe orthodoxe pouvait faire preuve. De surcroît, je me réalisai que c’était une dimension de mon identité, même si j’eus perdu ma croyence dans les années de mon adolescence.

Me voilà un an plus tard, cherchant une église roumaine à Nice. La motivation était inébranlable, parce que le Veniţi de luaţi lumină! retentait déjà dans ma tête. J’appris par hasard d’une église catholique louée à la communauté roumaine et transformée en lieu de culte byzantin. Par conséquent, hier, j’étais si aise de m’y rendre et de rester jusqu’à 4 heures du matin la bougie allumée! Paradoxalement, vous direz : un homme de nos jours, qui rompis avec Dieu, le quiert désespérément! Non, ce que je cherchais était une affirmation (d’une partie) de ma propre identité, qui m’eut devenue si chère à Carrare, sous les montagnes de marbre, en 2004.

Qui plus est, ce qui allait m’arriver c’était aussi une première rencontre avec cette communauté, dont je ne savais rien. Dès lors j’étais également saisi par une convergence étrange, du genre Amemus patriam! en variante amemus communitatem!

Malheureusement (mais comment le sûtes-vous?), ce que j’y trouvai fut au-dessous de mes esprérances. Avant minuit, quand j’y arrivai, la messe était en train de se terminer. Pour cause de contrat de location trop restrictif, les prêtres devait conclure le service avant 12h! Je ne pus que prendre la lumière et voir comme des centaines de conationaux ruisselaient vers la sortie. Je tentai d’apercevoir Claudiu, le seul Roumain que je connusse dans les parages, mais sans succès. Mon retour même à Sophia était compromis et je faillis à rentrer avec le prêtre, qui n’hésita pas à offrir son aide.

Temporairement repu de poussées identitaires, je viens de ploger de l’accalmie des vacances. Mais néanmoins je me demande : les prochaines Pâques en Bucovine, au nord de la Moldavie?

  1. Last twitters

  2. Last posts

  3. Categories

  4. Tag cloud

  5. Archives