Certainement peut-être
Elle s’appelait Joëlle ; lui se faisait appeler Michel. Elle travaillait pour une publication de design. Lui, il travaillait dans l’atelier d’un menuisier portugais.
Michel aimait beaucoup Joëlle. Joëlle ne connaissait pas Michel. De fait, ils se croisèrent quelques fois dans les couloirs de Yacht Design SARL, une boîte de taille moyenne non loin du port. Bien que Joëlle ne connût pas Michel, ils collaborèrent deux fois - Joëlle dut lui envoyer une ébauche concernant la réstauration d’un espar serni de motifs géométriques, tandis que Michel lui répliqua avec quelques notes techniques concernant la stabilité de cet espar, notes bien appréciées par Joëlle. Donc deux courriels, pas plus.
Michel avait fait des études d’architecture. Mais que pouvait-il en faire à l’époque? Il dut partir avant de les finir. Ses parents regrettèrent son choix ultime, mais ne pouvaient guère l’empêcher. A vrai dire, ce n’était plus comme jadis, quand un diplôme universitaire offrait un statut et une vie paisible. Et pour s’en sortir, il fallait finalement partir.
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- Désolée, mais je n’ai pas pu venir. D’ailleurs je t’avais averti. Une bonne amie que je n’ai pas vue depuis deux ans m’a rendu visite. Désolée.
- Ça fait rien, il y aura d’autres occasions.
- Certainement.
Il se séparèrent. “Certainement” retentissait dans la tête de Michel. Il connaissait très bien la valeur de ce mot. Ce n’était ni la première, ni la deuxième, ni la cinquième fois. Cela voulait tout simplement dire “je n’en serais pas si sûre ; il vaut mieux que tu n’essaies plus”.
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Elle s’appelait Elodie. Lui - toujours Michel. Elle était institutrice dans une école de banlieue. Lui - nous savons déjà de quoi il vivait. Michel et Elodie se rencontrèrent par l’intermédiaire d’un ami commun, Jean-Baptiste, qui organisa une boom un samedi soir. Elodie l’avait remarqué en première : “Qui est-ce? pas mal, ce gosse!” “C’est JB qui sait, demande-le-lui”.
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- Tiens, je ne savais pas que tu étais roumain! Je croyais que tu étais suisse.
- Je pensais que JB avait dû le mentionner.
- Non. Tu peux me passer le vin, stp?
…
- Merci pour cette soirée. Elle a été très bien.
- Quand est-ce qu’on se revoit? Tu es sûre de devoir aller en excursion avec les enfants?… Alors, Elodie, le vendredi prochain?
- A présent, je n’en sais rien. Peut-être, sauf si mon cours de danse risque d’être décalé. Je t’appellerai.
“Peut-être… je t’appelle”… En traduction, c’était “laisse tomber”.
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Elle s’appelait Lydie, lui Michel. Elle était secrétaire, lui - roumain. Je crois que c’est très dur de vivre là-bas… Cette semaine ce sera pas possible. On verra après. Parfait alors. Bonne nuit, Lydie. Elle s’appelait Anne, lui Michel. De toute façon, j’ai ton numéro. Très bien, Anne. Bonne soirée! Elle s’appelait Françoise, lui Michel. Ça marche, Françoise. Au revoir, Aline! Ciao, Délia. Bien sûr, on se croisera chez JB. A plus, Nathalie!
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Il s’appelait Mihaï. Et lui, il s’appelait Pedro.
- Tu es sûr de ton choix, Michel? Je regrette vraiment que tu pars.
- Moi par contre j’ai peu de choses à regretter.
- Je t’offre une augmentation de salaire, Mi…haï.
- Ce n’est pas ça qui m’attire maintenant.
- Et tu pourras prendre Jessica2 quand tu voudras.
- Jessica? “Peut-être”
… Non, je ne peux plus rester.
This entry was posted on Tuesday, May 3rd, 2005 at 3:41 pm and is filed under Elliptiques. Find similar posts by selecting and of the following tags: . You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
on May 3, 2005 at 7:29 pm Anonymous wrote:
Ah bon? Il retourne chez lui? C’est tres bien ecrit en tout cas…
on May 3, 2005 at 7:43 pm Alex wrote:
Bravo, c’est triste, sec et preafrumos!