Finkielkraut et la Nation
Mon ancien professeur Alain Finkielkraut pérorait hier soir sur France3 du rôle de la nation, qui devrait prévaloir sur la société. Ce dans le cadre d’une emission axée sur le racisme. Je ne puis ne pas regimber à ses idées manquant de modernité. Comme c’est grottesque qu’aujourd’hui en France il existe des discours de ségrégation, qui considèrent deux types de citoyens : Français de souche et les autres, donc nation et société! La notion de nation appartient au début du siècle dernier et fut encourronnée après la Première Guerre Mondiale ; c’est bien après le Congrès de Paris qu’apparurent les Etats-nations de ce continent. À présent, par contre, la nation repasse graduellement en abstrait. La société devient beaucoup plus concrète que la nation, au profit de toutes les parties. Pourtant la France, qui sut toujours se renforcer de l’élan créateur des immigrants qu’elle comprenait recevoir constamment, est de plus en plus réticente. Alain Finkielkraut l’est aussi ; et lui aussi il resta dans le XXème siècle . Parce que parler de la bonté de la République qui se heurte de ceux qui “n’aiment pas la France” est une preuve non seulement de peur, mais également de manque de vision.
Pourquoi la France insiste-t-elle à se honnir à un tel point? Revenant à mon existence quotidienne, je ne peux que confirmer la peur générale qui domine cette société. Ou nation
? Bien que presque absente dans les lois, la discrimination est un fait, elle est enracinée dans les comportements des Français. Voulez-vous des exemples? Je vous en offre : mon voisin pakistanais, stagiaire dans un institut de recherche informatique, ne bénéficie ni de rémunération, ni de badge d’entrée dans le bâtiment de son institut. Lorsqu’un collègue blanc veut se rendre au travail les samedis, il n’y a aucun obstacle ; en revanche, pour mon voisin c’est impossible. Les relations sociales sont un autre champ des craintes raciales : je connaissais une personne légèrement basanée qui réussissait à s’intégrer dans les groupes des Français beaucoup plus facilement que d’autres étrangers ; pour cause d’impossibilité de nouer quelque relation sentimentale, il quitta la France il y a trois mois, au moment même où l’on lui offrit un poste de doctorant.
Conscients de la situation présente ne semblent que ces Français qui n’aiment pas la France (qui n’ont pas de nom français ). Tariq Ramadan, Calixthe Beyala surent parler de cette peur et de ses reflets racistes. De cette vieille nation qui tarde à devenir une nouvelle société.
This entry was posted on Thursday, May 5th, 2005 at 6:34 pm and is filed under Elliptiques. Find similar posts by selecting and of the following tags: . You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
on May 5, 2005 at 7:39 pm Anonymous wrote:
Le racisme existe partout, dans tous les pays, mais moi aussi ca m’a frappe en France…par moment on a l’impression que c’est collectif. Par contre, combien de personnes n’arrivent pas a trouver l’ame soeur dans leurs propres pays? Et combien d’entre eux finissent par la trouver en France?! Bref, tout ca pour dire qu’ils y en aura toujours (heureusement!) qui penseront autrement.
C’est tres complique tout ca…
on May 8, 2005 at 7:13 pm Cezar wrote:
Peut-être suis-je assez souvent critique envers la France et c’est vrai que mes remarques positives sont difficiles à identifier. Je promets alors que j’adoucirai (un peu) mon ton dans les posts à venir.
Toutefois, cela tient de mon esprit autocritique, puisque je verse mon acidité aussi lorsque je parle de la Roumanie. Je critique donc tout ce qui m’entoure et je pense que cette manière de se manifester est positive. Parce que c’est une prise de conscience et de position.
on May 8, 2005 at 7:36 pm Anonymous wrote:
Je comprend tres bien ce que tu dis et je ne vois pas pourquoi tu adoucirais ta maniere de decrire ce que tu observes…maniere que je trouve deja excessivement polie. Je suis moi-meme beaucoup plus caustique dans mes critiques, quel qu’en soit l’objet, et j’en assume les reactions. Je crois que, comme tu dis, l’important est la prise de conscience…
Continu d’ecrire comme tu le fais, que ce soit negatif ou positif, la franchise et la spontaneite ont bien meilleur gout!
on May 9, 2005 at 2:53 pm VinZ wrote:
Finkielkraut est un anti-moderne, c’est bien connu. Défendez l’idée de nation, celle belle idée comme quoi, tous, blancs, arabes, noirs, on puisse vivre ensemble, et vous êtes tout de suite traité de ringard. (je n’ai jamais compris cette obsession de la modernité : le fascisme avait beau être moderne, c’était une belle connerie !). La nation n’est absolument pas une idée de droite (d’ailleurs Finkielkraut est de gauche).
Comme Finkielkraut, je pense que le meilleur moyen de lutter contre le racisme en France est d’aller, tous, quelque soit notre couleur, notre religion, vers un même but, de sentir qu’on appartient tous à une même nation
on May 10, 2005 at 5:34 pm Cezar wrote:
La nation présume une conscience nationale. Pour que cela existe et concerne toutes les minorités de France, il faut d’abord que ces minorités ne se confrontent plus à des comportements discriminatoires. Il faut que les autres les acceptent et le considèrent comme des leurs. Il s’agit donc d’une chance qui ne leur a guère étée offerte. Dès lors, parler de nation se résume à parler de Français et de sang français. Peut-être au moment où l’idée de société des égaux sera respectée davantage, les prémisses de la nation dont tu parles deviendront une réalité palpable. Je crois donc que à présent le développement de la nation passe par l’intronisation de la société.
Pourtant, je ne puis m’empêcher de penser que la nation est devenue une notion vétuste.
on May 11, 2005 at 8:14 am VinZ wrote:
Tiens, cette discussion sur ce qu’est la nation me rappelle La défaite de la pensée de Finkielkraut !
On associe trop souvent une idée à ses excès, il est vrai que le nationalisme a discrédité l’idée de nation.
Ce que veut dire Finkielkraut, c’est que la nation française doit être fait de gens qui aiment la France ; et que, à partir du moment où un Noir musulman aime la France, il est aussi Français qu’un Blanc catholique…
Après, ceci n’est sûrement qu’une utopie. Il est clair que l’intégration des immigrés africains a été un échec : les Français noirs et Arabes sont toujours victimes de discriminations et cela est scandaleux…
Je suis d’accord avec toi, les discriminations sont vecteurs de communautarisme et empêchent cette “conscience nationale”.
J’ai été frappé en lisant le rapport Obin (paru en 2004 mais censuré par le Ministère de l’Education Nationale) sur “les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires” de voir que certains jeunes disent “je ne suis pas français, je suis musulman”. Je suis aussi frappé, en parcourant l’Internet, de voir le succès qu’a Dieudonné, qui cherche à monter les Arabes et les Noirs contre les Juifs, sur les jeunes des banlieues…
Faut d’urgence lutter contre cette discrimination dont sont victimes les Français d’origine étrangère… J’ai peur de la tournure des choses, on oublie trop souvent que dans la devise de la République, il y a “fraternité”.