Mélanges. Les Roumains s’attaquent au marché européen

Je me suis déjà habitué à entendre passer, sous de ma fenêtre, des Anglais se promenant dans leur village d’adoption. En effet, ce n’est pas rare de les croiser dans ce département. Ils ont commencé à acheter des maisons sur la Côte il y a longtemps. Qui plus est, ce sont eux qui commencèrent jadis à promouvoir cette région. À vrai dire, Nice n’était pas encore française (elle appartenait au duché de Savoie) lorsque les Anglais inventaient le tourisme d’hiver sur le littoral niçois.

Ce soir, une fois de plus, j’ai perçu des mots anglais quand je venais de sortir de chez moi. Mais comme leur intensité s’amplifiait, j’ai tourné curieusement ma tête : c’était un groupe de jeunes, une vingtaine (des touristes cette fois?), qui ruisselait vers la station de bus. Et dans la station, que remarquai-je d’étrange au car qui attendait? J’ai cru y voir l’inscription Atlassib! Je me suis approché et oui, je n’avais pas eu tort!

L’autocar était immatriculé en Italie, mais ne cachait pas ses vraies origines, car sur son dos on pouvait lire Padova Italia et Sibiu Romania. J’ai également aperçu les chauffeurs et ils me semblaient roumains ;-) Bravo alors! Cette entreprise de transport qui ne proposait autrefois que quelques courses entre Sibiu et l’Allemagne détient maintenant des cars immatriculés dans l’UE et offre ses services aux touristes anglais présents sur la Côte d’Azur! On est sur le bon chemin ;-)

Spéciaux

Le plus souvent anonymes, mais sinon vraiment modestes, les personnes de qualité on les croise peut-être quotidiennement. Elles savent être discrètes, du seul fait qu’elles n’ont point besoin d’être en face, dans les commérages des gens. Même s’il arrive que le succès les frappe fort, leurs attitudes ne révoluent pas, le respect qu’elles avaient pour leurs semblables ne diminuent point.

therion

Je rencontrai naguère les Therion, un connu groupe de gothic. C’était sur l’aéroport, ils devaient rentrer après un concert à Bucarest. Je leur ai tout simplement demandé de me laisser prendre une photo avec eux ; ensuite j’ai causé un peu avec une de leurs sopranos. Aussi fus-je ébahi par leur manière simple et sincère de parler et par la puissance que rayonnait leur équilibre intérieur. (Vous allez me reconnaître dans cette image, je suis au milieu.)

Un autre exemple : Philippe. Vous voyez qui c’est? Le veilleur du foyer… Sergiu, Dorine, est-ce que ça vous dit quelque chose? Oui, je crois. Que je vous dise où il a appris l’anglais : au Japon. Oui, Philippe a habité 4 ans au Japon, au début des ‘80. Il travaillait dans la mode, il peignait des vêtements (tandis que sa fiancée était mannequin). Ce n’est que ses plaisanteries en anglais que vous avez pu écouter de temps en temps… Mais ce gars baba-cool, qui fait le veilleur de nuit dans un foyer de quartier, probablement aurait-il pu vous adresser des paroles en japonais si vous aviez parlé japonais et non pas anglais :-) Je voudrais lui rendre une fois visite, dans son atelier de peinture de Vallauris (tu m’envies, Sergiu?), ainsi je comprendrai peut-être ce qui le rend tellement serein.

Et les exemples devraient continuer. Pourriez-vous les compléter?

Je blogue, tu blogues, il blogue

La réactivité de certains blogueurs vis-à-vis des événements quotidiens a commencé à m’hébéter. Bien qu’ils réagissent avec des opinions et raisonnements sensés, ils ne peuvent s’en abstenir, comme si c’était au-delà de leur volonté. On est les agents d’une conscience sociétale, d’une intelligence distribuée ; en réalité, on ne peut assister au spectacle général sans broncher. Il y a déjà des noms pour ce phénomène, car il n’est point nouveau : Zeitgeist ou (surtout dans la blogoshère) les mimes mèmes - les idées qui circulent d’un site à l’autre, en acquérant de la forme et de la consistence.

Pourtant, cette réactivité instinctuelle me révolte. Je la libère de tout méga-effet engendré, de sa dimension collective. Mon analyse s’arrête à la dimension individuelle. Je hais sa puissance, car elle nous assujettit. Elle nous transforme en une sorte de correspondants de presse qui ajoutent aux informations présentées quelques opinions personnelles. Elle nous oblige donc de nous rapporter à des thèmes imposés et je n’y vois qu’une autre forme de manipulation. Manipulés par notre temps - est-ce si grave?! Pas tellement, car le résultat (l’évolution collective) est d’habitude constructif. Néanmoins, aucun type de restriction n’est dépourvu de gravité. Oui, au niveau de l’individu c’est limitateur.

Par conséquent, je n’ai rien écrit de la mort du pape (quoique à l’époque je fusse ému par… la grandeur du peuple polonais), des révolutions orange de l’est, de la nouvelle orientation d’Apple et surtout pas de nonnes exorcisées, crucifiées et délivrées au bon Dieu. Je m’amuse toutefois à présenter divers symptomes, ce qui n’appartient pas à la même catégorie de sujets.

Non, je ne condamne personne de s’être jeté, à tort et à travers, dans les torrents de son temps. D’ailleurs, par cela, ces braves gens me (/nous) rendent service. Par contre, moi, je me méfie fort de ces guets-apens, non que j’aie simplement le louable désir d’être au-dessus des faits (je ne suis guère persuadé de ma réussite), mais parce que j’aime trop ma liberté.

OUI (dirent-ils)

Je ne voulais pas écrire de mon voyage récent en Roumanie avant de ne récupérer les photographies que j’y ai prises. Effectivement, j’ai eu de gros ennuis en retournant en France, dont le plus bizzare fut la disparition de mon appareil numérique. On me l’a volé à l’aéroport, après avoir fait l’enregistrement, et maintenant j’attends une suite favorable à ma plainte contre Alitalia.



Photos finalement récupérées, car le voleur a eu la galanterie de laisser la carte mémoire dans ma valise. En voici quelques échantillons…

Vous le voyez bien, il s’agit d’un mariage : c’étaient les noces de Simona et Sergiu. La cérémonie religieuse fut envoûtante et vous en trouverez quelques extraits vidéo… une soprano dans un petite église orthodoxe - rien de plus extraordinaire! S’ensuivit bien sûr la fête, et ce entre nous ;-)

Mais je n’ai rien mentionné de l’enterrement qu’on avait fait à Sergiu. Ah oui, il y avait eu une nuit des célibataires, avant que ce monsieur ne joigne le club des mariés! Je n’en ai pas de photos… et même si j’avais, ce serait peut-être sujet de dispute entre les nouveaux époux :-) Mais ce qu’il fut bien! Non seulement pour le bon temps passé ensemble, mais surtout pour la force qui émanait de chacun de nous. On s’en souviendra certainement comme d’un moment clé de notre groupe. K2! K2! K2!

Ce disant, je me retire entre mes cours et bouquins. K2!

Antipodes d’une personnalité

à Bernard et JF

- Si je ne reviens pas dans cinq minutes, démarre les moteurs et va-t-en!
- Entendu! répondit Phoebe. “Entendu”… ce mot retentissait dans sa tête comme le glas d’une cloche en bronze. Des frémissements traversaient ses os. La peur s’emparait de son corps. Non, elle ne croyait guère en ses mots, elle allait l’attendre, elle avait besoin de lui, de sa protection, de ses ordres précis et sûrs. Le reste n’était qu’un mélange d’incertitude et d’apréhension, une surdose d’adrénaline qui allait - espérait-elle - s’estomper rapidement. Sauf que maintenant une seconde s’écoulait comme une minute, 5 minutes devenaient une éternité.

Elle l’aimait. Elle eut d’ores et déjà réalisé à quel point elle lui savait gré ; en quelle mesure elle l’admirait ; comme c’était reconfortant de sentir sa présence… Elle n’avait tout de même pas su donner un nom à tout cela. Elle était grisée de l’entourage des hommes capables de hauts faits, elle considérait que ce tenait d’un désir profond de suivre les modèles et que peut-être était-ce l’instrument principal de sa propre évolution. Le fait était cependant qu’elle eut été et serait toujours au pôle opposé : frêle et impuissante, terrifiée et en quête permanente de l’appui de l’autrui. Quoique en vain faiblesse ne cessât d’être rejetée, pourtant jamais amour ne glissa dans son coeur. Jusqu’en ce moment-ci.

Criblée par les flèches de la panique, éreintée de la célérité insistente de son pouls, elle n’associait plus maintenant à la personne de Cornelius qu’une seule idée : elle voulais plus que jamais son retour, elle était friande de lui, elle désirait s’unir avec lui. Pour toujours.

**
- Si je reviens pas dans cinq minutes, démarre les moteurs et va-t-en!
- Entendu! répond Phoebe apeurée.
“Ah, oui, cette fillette à l’esprit zinzin, qu’est-ce qu’elle a la trouille! Ma louloute, reste zen, c’est fastoche : je fais ce que j’ai à faire, j’espère ; je reviens, on se barre. J’échoue? c’est la vie et grouille-toi au bled! Z’y va, Cornelius! On a un djob à parfaire! Et puis tu rentres pépère et tu jaspilles avec la go, t’es son type de keum, semble-t-il. Action!”

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