Nous sommes tous montés dans le bus -
il était pas confortable, mais indépendant.
Tous n’avaient pas de place,
mais nous pensions que tous en auraient,
il était printemps,
l’été approchait,
les chaussées dégelaient,
on pouvait sortir le col de chemise déboutonné,
les chaussées dégelaient,
nous chantions nos chansons à nous, vieillies,
que nous n’avions pas chantées depuis longtemps.
Et les uns à cause de la vitesse
qui les enivrait,
les autres avec une tandre ironie,
nous avons commencé à dire, chanter
que notre autobus
est celui qui dégèle
la route sur laquelle on roule.
Sur cette direction-là vers la montagne,
la grande montagne,
nul bus n’avait roulé,
seulement des touristes particuliers,
seulement des fous occasionnels.
La destination ne nous intéressait donc pas,
il nous suffisait la joie
d’aller tous vers la grande montagne.
Le conducteur était jeune,
il conduisait pour la première fois
un tel autobus.
Il avait été aide de conducteur,
avait traivaillé beaucoup et honnêtement.
Selon sa conduite, selon ses freinages,
il était sans doute le meilleur chauffeur
de tous nos chauffeurs.
Ce gars conduit exceptionnellement, crions-nous,
c’est l’homme qu’il nous faut
et lui acquiesçait de sa main modestement,
en nous suppliant de ne plus le louer,
parce que nous embarassons sa conduite.
En fait, c’est votre bus,
je suis le vôtre,
vous m’avez choisi pour conduire le bus,
ça c’est mon boulot.
Nous avons applaudi même ce rejet - le sien -
de nos louanges.
Et le bus continuait de rouler
et en diverses villes et villages, où l’on s’arrêtait,
beaucoup de gens montaient
et personne ne voulait plus descendre.
C’était un petit bus,
il n’y avait point quelque chose de pareil dans les parages.
Dans le sillage étaient restés les trolleybus attachés
au réseau électrique,
les trams serrés entre les rails
et le même réseau.
Notre bus s’était chargé terriblement,
chacun y montait avec ce qu’il avait de meilleur,
le conducteur conduisait exceptionellement,
personne ne conduit mieux que lui,
crions-nous
et lui balançait mollement sa main
et nous criions toujours
Frérot, pas besoin d’être modeste,
au diable avec la modestie!
Nous, qui n’avons jamais eu la possibilité
d’une telle route,
nous connaissons sa valeur réelle,
tu es le nôtre,
tu es des nôtres,
bravo,
hourra!
et lui ne pouvait plus arrêter,
il fallait qu’il soit attentif avec la route,
or nous, nous étions trop
et nous avons commencé à l’incommoder,
nous étions plus que nombreux dans le bus
et parfois nous lui bloquions une main ou une jambe,
jusqu’à ce que quelques confectionneurs
lui aient demandé d’arrêter pour quelques minutes
pour lui faire une cage de protection,
pour qu’on n’embarasse plus sa conduite.
Qu’il prenne sa femme auprès de lui,
dirent d’autres,
parce que le chemin est long et il y a risque de s’ennuyer.
Et le voilà maintentant dans sa cage de protection,
dans sa cabine blindée!
Comment elle e prompte, sa conduite!
il a allumé la musique aussi,
on entend dans le bus entier une musique héroïque,
que nous interrompons des fois
avec des chansons sur lui et notre chemin
et soyons laudatifs avec sa femme également
car être aussi.
Dans le bus, en été il fait chaud,
en hiver il fait froid,
l’excursion continue,
nous avons commencé à fatiguer,
monsieur le chauffeur, arrêtez,
pour qu’on puisse se reposer un peu.
Pour que vous vous reposiez aussi,
pourquoi un tel rythme?
Mais il n’entend plus,
Lui conduit
et effectivement il conduit exceptionnellement,
il est le meilleur, crions tous,
mais nous avons faim,
parce qu’on ne s’est plus arrêté depuis des lustres
et que nous avons besoin
de pain, d’eau, d’un répit.
On a probablement déjà commencé à l’énerver
avec notre chichi -
la soif, la faim, le sommeil.
Les vitres du bus n’existent plus depuis longtemps,
c’est à travers elles qu’ont sauté ceux qui ne pouvaient plus supporter,
les portes ont rouillé et ne s’ouvrent plus
et le chauffeur conduit le bus
de plus en plus nerveux,
il a commencé à faire des accidents aussi,
tiennent le volant lui et sa femme,
les grandes cimes l’appellent,
il reste peu de combustible,
on est entré sur une sorte de chemin de fer
voisinant la route
après que nos pneus ont cédé
et que le conducteur a démoli
à coups d’autobus
maisons et églises,
villes et villages,
nous commençons à descendre
et la vitesse monte bien entendu,
c’est comme ça en toute descente,
la vitesse monte,
il ne reste plus personne dans le bus,
les uns sont morts,
les autres se sont enfuis,
d’autres se sont éteints de faim et de soif,
d’autres ont brrr gelé,
la montagne est de plus en plus loin,
mais le bus descend
en hallucinant sur la ligne morte
de chemin de fer
et seulement eux deux,
le conducteur et sa femme,
dans la cabine blindée
regardent devant,
ne savent plus qui c’est qu’ils conduisent et où ils vont
et pourquoi tous les passagers se taisent
et pourquoi on va à la vitesse de l’écroulement,
tandis que l’excursion avait si bien commencé
vers la grande montagne.
(Adrian Păunescu - Le conducteur et sa femme, les 12/13 juillet 1987)
Les dictateurs Ceauşescu furent exécutés après un procès sommaire, le 25 décembre 1989. Ils passèrent leur dernière nuit dans un véhicule militaire blindé.
Je me demandai naguère quel âge auraient les colinde, les chants de Noël que les Roumains font revivre chaque année avant cette fête de la nativité. Pour ceux qui n’en écoutèrent jamais, je vais préciser que ce sont des chants traditionnels interprétés surtout par les enfants, d’habitude la veille du Noël. C’est très courant dans les villes et généralisé à la campagne. Car si on n’y participe pas en chantant, on a le plaisir d’accueillir les chanteurs (colindatori) chez soi.
Je me rendis vite compte que cette tradition doit perdurer depuis au moins quelques siècles. Comme bien des formes de patrimoine folklorique dont un peuple peut se rejouir. Je sais, ces aspects paraissent au moins inhabituels pour un Occidental, mais assez connus d’un SE-Européen.
Mais combien de siècles? A priori, elles peuvent en avoir 5 ou 15 ou… être aussi anciennes que nous, les Roumains. En effet, une bonne hypothèse serait la dernière : si les Protoroumains (générations tardives de Daco-Romains) vivent au 4e, alors les colinde doivent apparaître dans la même époque, peut-être sur un fond même plus archaïque. Ce serait logique, car c’est également la période de la christianisation. De plus, ce ne seraient donc pas les seules formes de folklore millénaire, puisque les manifestations laïques du Nouvel An ont des origines thraces, donc antiques.
Les arguments sur lesquels il faut s’appuyer doivent être inextricablement liés à la fête du Noël aux débuts du christianisme. Saviez-vous que cette fête n’existait guère aux premiers siècles? En fait, le calendrier chrétien fut construit à fur et à mesure, en remplaçant les fêtes déjà existant, de nature payenne. D’ailleurs, ne trouvez-vous rien d’étrange dans le mot colinda,-e? Cela est tellement proche au mot latin calenda,-ae, que l’on ne puisse pas accepter l’éthymologie proposé par le DEX (< sl. kolenda) (à vrai dire, je ne sais pas à quel point le DEX est scientifique et en quelle mesure il est politique ; ce moins est fort souligné par les mots marqués comme dérivés de l’albanais et non pas du thrace, famille qui englobait le dace et l’illyrique, d’où issurent respectivement le roumain et l’albanais).
Zamolxis nous dit que la nativité était déjà célébrée au 3e siècle : en décembre, sur plusieurs jours consécutifs. C’est à la fin de ce siècle que l’empereur Aurélien, adepte de Mithra, instaura une grande fête du Soleil le 25 dudit mois. Bien que cette date eût été établie comme contrepoids des manifestations chrétiennes, elle finit par être incluse dans le calendrier chrétien. Ce n’est bien entendu qu’une des maintes théories acceptables, car le solstice d’hiver devaient être marqué dans les calendae de bien des religions pratiquées dans l’Empire. Néanmoins, le phénomène dut être réel : les calendriers sont des produits recyclables, ils sont remis en us par les nouveaux consommateurs.
En conséquence, si les colinde se superposent sur les calendae payennes, il faudrait pouvoir identifier des éléments non chrétiens dans les rites qui les accompagnent. Que reçoivent les colindatori en guise de remerciements pour leurs chants? Des colaci - un pain en forme d’anneau, des pommes et de noix ; or ces cadeaux n’évoquent-ils le disque solaire? De surcroît, les groupes de colindatori adoptaient souvent des configurations circulaires. Nous voilà de nouveau dans l’atmosphère du Sol invictus du culte mithriaque.
D’autres indices attendent d’être lus dans les paroles des chants. Quoique leur oralité leur aient conféré une évolution permanente, leur diversité devrait nous permettre de recueillir un nombre consistent de tels indices. Cependant, je n’ai pas les moyens de me jeter dans une étude exhaustive, dès lors je devrais me limiter à quelques exemples parlants. Beaucoup de refrains contiennent le mot ler, un mot appartenant exclusivement aux colinde. Le DEX considère que c’est un dérivé d’alLÉLuia ; Dumitru Bălaşa le voit comme une régression de GaLERius : né en Dacia Ripensis (comme Constantin le Grand), césar, auguste, puis empereur à l’aube du 4e siècle, Galerius entame un processus politique d’acceptation des Chrétiens. Ne fût-ce que pour son édicte de tolérence, il put en effet laisser une trace de son nom dans les colinde de ces Daces chrétiens reconnaissants. (Cela nous place pourtant au sud du Danube, car la retraite aurélienne aurait déjà été complète à l’époque ; mais on sait bien que ce n’est pas une inadvertance).
D’autres exemples d’éléments insolites: les fleurs blanches printannières, la chasse, même la collection des impôts.
J’apprends ensuite qu’en Moldavie circulent encore des colinde laïques : colinde d’enfant, de bachelier, de pasteur, de prêtre, de maître, de famille, de nouveaux mariés. Par conséquent, il est certain que ces chants firent toujours partie du calendrier festif de l’espace thrace. Si on revient à notre comptabilité, il faut acquiescer que les colinde vivent dans leur troisième millénaire.
Mots clés : colinde calendae “Dies natalis Solis invicti” Galerius “Dumitru Bălaşa” “P.Caraman” “P.Ştefănucă” Botezatu “B.P.Haşdeu” DEX.
En quels droits? Comment, vous ne trouvez aucun indice dans cette photo?! En effet, j’ai dit photo
Les connaisseurs perçoivent les subtilités de ce titre. Les autres comprendront son message de cette conversation que je viens d’avoir sur YM :
[Il est très tard - 1h17 -mais je suis toujours au travail. À 15/9h de décalage horaire, mon chef essaie de manifester de la compassion envers moi, mais également de remonter mon moral.]
c**** : c debile tu es pas la pour etre completement creve
c**** : a sony ils bossent tous encore la
c**** : et on est un vendredi soir
c**** : ils sont completement a la rue eux par contre
c**** : leur produit marche pas
c**** : et c pour ce soir
Maintenant je suis censé me sentir mieux 
["Il s'avère que je n'ai pas écrit dans mon blog depuis pas mal de temps" doit être une des choses bloguées les plus fréquentes. Je vais alors ne pas tarder sur un tel préambule.]
Dernièrement, j’ai assez beaucoup travaillé. Non seulement moi : toute l’équipe s’y est considérablement dédiée. À quoi? À une livraison de produit. Mais ce n’est pas le sujet de mon billet, aussi bien que mon manque récent d’activité blogique ne l’est pas non plus.
Bon, il s’agit de cette nuit, qui d’ailleurs n’est pas finie. Les moteurs tourés au maximum, tous les employés et actionnaires actifs de l’entreprise sont là pour la grande fête. On oeuvre en tendem avec nos émissaires en Chine et on prétend de s’amuser aussi.
On a commencé par déclarer un concours de fabrication de morceaux d’art 3D, adressé à nos artistes ; quant aux ingénieurs, ils devaient fignoler leur produit, ça demandait et demande bien des ressources. Pour nous motiver, le patron a voulu nous traiter bien. Quoique les bons dîners se soient banalisés cette dernière semaine, je ne puis ne pas mentionner le coq au vin que j’ai dégusté ce soir. Ainsi la perception de fête s’est installée même dans quelques têtes et, pour étrange qu’il parût, nous avons eu des invités. Car un(e) de nos ingénieurs a convié quelques copains à travailler avec elle… Deux ont répondu favorablement.
Et comme on ne vient pas sans rien amener, K. nous a rejoints avec des glaces et une bouteille de champagne
Aussi mon cerveau a-t-il connu un relentissement des connexions synaptiques ou un ajustement jusqu’à la vitesse optimale…
[La nuit est finie, il est 14h maintenant et je viens de me réveiller.]
Je me rappelle ne plus avoir de câble pour transférer sur le téléphone ma nouvelle version. De toute façon, je n’avais pas de portable chinois pour vérifier l’internalisation que je faisais. Légèrement plus tard, David me proposa de me déposer chez moi - fin de fête pour les ingénieurs! Mais ça recommence sous peu : je dois aller au travail à 17h (c-à-d 8am - l’heure de Pékin).