Las Vegas !!!
“Vous avez gagné une excursion à Las Vegas / San Diego pour deux personnes. Sont inclus les billets d’avion, l’hôtel, une carte d’essence et un dîner romantique avec une bouteille de champagne. Aucune obligation d’achat ou de souscription de votre part.” Ces mots retentirent de l’écouteur de mon téléphone et me laissèrent non pas exalté, mais plutôt curieux. Tout allait s’éclaircir trois jours plus tard, quand je devais donner cours à l’invitation de cet opérateur touristique de me rendre à son bureau pour visionner un film publicitaire. C’était donc sans doute une présentation commerciale où ma simple présence était censée être gratifiée d’un cadeau généreux : une excursion soit à Las Vegas, soit à San Diego, en fonction du choix que moi et ma partenaire aurions fait.
Le jour J et à l’heure H, je me rendis comme prévu au siège de mon mystérieux bienfaiteur. Pour ce faire, j’ai emprunté la voiture de Nola - j’ai un permis de conduire maintenant, vous en souvenez-vous? C’était un bâtiment de bureaux situé vis-à-vis du centre commercial où j’avais rempli une fois un billet de tombola pour une voiture. Il m’était évident que les deux événements se trouvaient dans une relation de causalité directe, car au téléphone on m’avait demandé de confirmer quelques données écrites d’avance sur ce billet de tombola.
Que vois-je au moment où je suis entré dans l’agence? Une foule de personnes, des couples pour la plupart, annonçant leur arrivée au guichet et attendant qu’elles soient dirigées vers la salle de projection. Je compris de suite que l’épisode Asspen de South Park (où les parents ne peuvent se réjouir de leur séjour gratuit à la montagne, car assistent sans cesse à des présentations imposées) n’était pas une affabulation. Sauf que maintenant tout avait l’air de se dérouler très rapidement. Et que le séjour promotionnel n’avait pas encore commencé.
Notre film parla d’un système de copropriété temps-partagé, permettant aux clients de changer de destination et de créneau vacancier. Les sites de l’entreprise étaient multiples et notre hôte savait très bien s’adresser au public, en vantant les avantages de son produit. Mais 15 minutes plus tard, j’étais devant un agent féminin, non pas aussi doué que le premier, qui essayait de me faire gober ses couleuvres. Je l’ai laissé faire son travail, parce que les conditions étaient assez claires : avec ou sans souscription, j’allais rentrer l’excursion dans ma poche. Ainsi, après un bout de temps, notre discussion se dirige vers sa fin et on me passe un manageur, juste pour que l’on me dise le prix de ce produit génial que je n’envisageais point acheter. Encore une minute et tout allait se terminer et moi, j’avais hâte de voir à quoi ce ressemblait que ce billet gratuit qui venait de nulle part!
- Monsieur, vous dites travailler aux États-Unis?
- Oui, redis-je.
- Alors vous avez probablement un visa H1…
- Je l’aurai en octobre.
- Si vous n’avez pas de visa H1, que dire de carte verte? Monsieur, je regrette énormément, vous ne pouvez vous enrôler dans notre programme et malheuresement nous ne sommes plus en mesure de vous offrir aucun cadeau.
- Mais… Non, je ne prononçai aucun mais, je dis simplement, entre rires, que je comprenais, qu’il devait y avoir quelque chose.
Il m’expliqua ensuite que les règles d’éligibilité étaient marquées dans la lettre que j’aurait reçue et par laquelle j’avais été convié à cet événement. Sauf que l’invitation audit événement avait été téléphonique et non pas écrite et que le nombre de Californiens naturalisés qui parlent anglais pis que moi est trop significatif pour que l’on eût pensé à mon possible statut d’étranger. Aussi étais-je là, le jour J à l’heure H, sans que personne ne m’eût communiqué les conditions du jeu…
Je fus conduit à la porte, où une dame me proposa un bon d’achat de 100$. Mais je me suis dit que j’étais en Amérique et que tout était donc possible. Je lui ai expliqué comment je m’étais absenté deux heures de mon travail et que je devais y retourner pour faire des heures supplémentaires. Alors elle me rétorqua une proposition améliorée : elle allait rediger un rapport et j’aurais reçu par courrier la résolution de l’entreprise. À ce moment-là, j’ai sollicité des contacts - elle me donna une carte avec son nom. Ensuite elle m’écrit le prénom du manageur avec qui j’avais interagi. Puis, comme j’ai demandé son nom de famille, elle est partie le chercher. Ce bougre - talent de détectif, chapeau! - compris que cette histoire n’allait pas finir si tôt. Il quérit le chef, avec qui j’eus une discussion très amicale. Après quelques minutes d’attente (ou de délibérations), le chef m’annonça leur verdict : ils allaient me donner l’excursion.
Je me décidai sur place pour Las Vegas, je récupérai le billet et je rentrai au travail dans la décapotable de Nola. Maintenant je devais faire des heures supplémentaires! C’est grand’ pitié que de moi, confrères!
This entry was posted on Tuesday, March 14th, 2006 at 6:29 am and is filed under Elliptiques. Find similar posts by selecting and of the following tags: . You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
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